Made in Britain – « Island Stories » au Victoria & Albert Museum

par Marie Lesbats

Par Marie Lesbats

« Island Stories : Fifty years of photography in Britain », au Victoria & Albert Museum, du 16 mars au 19 septembre 2012.

Une nouvelle exposition de photographies a ouvert ses portes au Victoria & Albert Museum ; celle-ci met en lumière un nouveau corpus de clichés issu des collections permanentes du musée et présente les grands photographes britanniques de la seconde moitié du XXème siècle.

« Enregistrer »

Le titre, « Island Stories », est un clin d’œil au célèbre livre pour enfants « Our Island Story », qui raconte l’Histoire de l’Angleterre. Un peu comme cet ouvrage, l’exposition du V&A tente de restituer un panorama varié de l’histoire de la photographie britannique, de 1945 à aujourd’hui. Présentée dans une seule salle, cette exposition (gratuite) rassemble les travaux de dix-sept artistes qui ont façonné à leur manière l’image de l’Albion.

A l’entrée de la galerie, le visiteur découvre une œuvre du duo d’artistes Deller et Kane, photographie de grand format qui représente le drapeau anglais peint sur un garage en tôle. Ces artistes contemporains saisissent dans leurs travaux des « échantillons » des us et coutumes du peuple anglais, rassemblés dans la série Folk Archive.

Toujours dans ce souci d’illustrer la vie de tous les jours, Ruthbook est une suite réalisée par Nigel Shafran qui montre une chronologie de la vie domestique où la femme de l’artiste est mise en scène dans les différents aspects de son existence. Ce « livre » du quotidien devient autobiographique au même titre qu’une empreinte sociologique. L’artiste Chris Killip révèle des modes de vie en « voie de disparition » et restitue des portraits de communautés de fermiers et de leurs intérieurs – inspirés par les travaux d’Eugène Atget et d’Auguste Sander – dans lesquels un sentiment de nostalgie est prégnant.

«Témoigner »

Sur les cimaises se succèdent ensuite différents grands noms de la photographie, comme Don McCullin, davantage connu pour ses reportages de guerre. Les quatre clichés ici présentés témoignent plutôt des réalités des travailleurs des années 70, hommes fatigués, brisés et écrasés par le travail en extérieur ou en usine. Par opposition, Maurice Broomfield montre un tout autres aspect des travailleurs, qui semblent faire corps avec leurs machines. En découlent des compositions harmonieuses, qui transcendent par l’esthétisme l’union entre l’homme et son outil.

Plus légère, la série de Grace Robertson, photojournaliste au magazine Picture Post, propose une rencontre singulière avec un groupe de femmes travaillant au pub, décomplexées lors d’une sortie annuelle à Battersea. Le comportement outrancier de ces « buveuses », ici saisies dans une grande intimité, sont les symboles de tout un pan de la société anglaise au sortir de la Seconde Guerre mondiale. La série Southam Street de Roger Mayne vient également témoigner de l’activité de la rue londonienne dans ces mêmes années. Les portraits d’enfants, plus proches de la Street photography que de la photographie humaniste, nous parlent des moeurs et documentent les changements de la ville…

« Island Stories » nous raconte donc le quotidien des anglais et la sensible évolution de leur mode de vie au cours du XXème siècle. Tour à tour esthétiques et documentaires, les photographies ont su restituer l’air du temps, ce temps révolu ou en révolution. Par les nus de Bill Brandt, les panoramas de Martin Parr ou les éclats de rires des femmes de Grace Robertson, cette exposition donne une bonne approche de la culture britannique. La Grande-Bretagne y apparaît multiple, faite de paysages changeants et d’industries qui demeurent, de communautés fortes et de traditions qui se perpétuent.

Images :

Don McCullin, Man going to early shift, steel works, winter, Hartlepool, 1963-64

Nigel Shafran, Ruthbook, 1992-95

Grace Robertson, Mother’s day off, 1954